Rencontre avec Magali de Jonckheere
Voici quelques confidences dispensées par un auteur que nous aimons beaucoup et qui par deux fois déjà nous a confié ses textes. Jamais deux sans trois ?
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La Boîte à Sourdines : Magali de Jonckheere, dans votre recueil de nouvelles Cité des Lilas comme dans votre pièce de théâtre Pieds nus dans ma tête, une place importante est donnée au ‘Je’. Le monologue apparaît comme une forme privilégiée. La parole est directement donnée à chaque personnage et permet au lecteur d’entrer immédiatement dans son intimité, sa psychologie.
Est-ce une volonté de donner la parole, par la fiction, à des figures qui dans la vie réelle restent souvent en retrait, enfermées dans une forme de solitude ou de banalité apparente? Une manière de rétablir un certain équilibre?
Magali de Jonckheere : Le monologue est pour moi la forme d’écriture la plus instinctive. J’ai l’image d’un personnage, un prénom ou une ébauche et je m’applique à le laisser parler. Je sais rarement comment va se terminer son récit. Je préfère dans un premier temps laisser mon personnage s’inventer lui-même, simplement tendre l’oreille et retranscrire. Et effectivement, la plupart de mes protagonistes sont des gens un peu “à part”. J’aime écrire ce qui se passe dans leur tête. Mais ce ne sont pas des “fous”. Ce sont des gens qui à un moment, ont basculé ou se sont légèrement décalés. Le personnage de Noémie dans Pieds nus dans ma tête s’est retranché dans sa tête pour ne plus avoir à affronter la vraie vie. C’est une idée ou un fantasme qui m’a souvent effleuré et je pense ne pas être la seule.
BaSS : On décèle également une ambiguïté autour de l’âge des personnages. Les plus jeunes font souvent preuve d’une maturité étonnante, tandis qu’on retrouve parfois chez les aînés une certaine innocence ou une inclination au rêve qui évoque l’enfance. Pour reprendre les termes de François Rollin qui a mis en scène votre pièce, Pieds Nus dans ma tête, son héroïne, Noémie est une ‘petite-grande fille’ bringuebalée par la vie…
MdJ : Je suis toujours étonnée qu’un adulte puisse ne plus se souvenir de son enfance. J’ai pour ma part l’impression constante de trimballer cette petite fille de dix ans et d’essayer de lui apprendre à vivre dans ce corps et cette vie d’adulte. Alors le fait qu’un enfant possède plus de clés qu’un adulte me semble assez logique. Il n’a pas encore à batailler pour se donner et donner aux autres l’illusion d’être une grande personne accomplie.
BaSS : Quelle place est laissée à l’autobiographie dans le personnage de Noémie ?
MdJ : Les premiers écrits de Pieds nus dans ma tête ont dans un premier temps été complètement autobiographiques. Il fallait que j’écrive pour me “débarrasser”. Et quand je me suis sentie plus “légère”, je me suis dit que toutes ces pages pouvaient peut-être constituer un monologue à interpréter. Mais pour que le jeu existe, il fallait créer une distance suffisante entre le récit et moi. Et c’est là qu’est apparue Noémie la postière. J’ai gardé l’esprit de cette femme-enfant, quelques anecdotes, et je lui ai inventé sa propre vie.
La première version du texte s’appelait Je voudrais être folle. Alors Noémie, c’est un peu moi si j’avais eu cette capacité à m’envoler.
BaSS : Que représente l’écriture pour vous? Un témoignage, un acte de foi, une certaine forme d’évasion? Est-ce qu’écrire permet de faire place nette et retrouver une certaine innocence? Tout comme l’enfant pour qui la fiction et la réalité sont intimement liés? Petit, il ne voit pas encore cette ligne de démarcation qui s’opacifie en grandissant. Ecrire c’est gommer cette ligne rouge ou jouer avec?
MdJ : C’est avant tout un équilibre. Je me suis mise à écrire pour me créer des rôles. Je crois que je ne serais plus comédienne aujourd’hui si je n’avais pas l’écriture. Même quand je ne travaille pas en tant que comédienne, j’ai toujours un projet d’écriture en cours, ce qui me permet de mieux gérer ce vide. Et puis c’est exaltant de donner vie à toutes sortes de personnages.
L’écriture permet d’être “dieu”. C’est un boulot assez grisant!
BaSS : Pieds Nus dans ma tête, c’est une voix qui raconte, mais c’est également un dialogue avec la musique, l’accordéon. Quelle place tient-elle? Pour quelles raisons décide-t-on d’ajouter un contrepoint musical à son texte?
MdJ : Au moment de l’écriture de Pieds nus…, je ne connaissais pas Frédéric Daverio. Et je n’imaginais pas mettre de la musique sur mon texte. Mais quand j’ai écouté ses compositions à l’accordéon, j’ai trouvé son univers tellement fort et poétique que j’ai pensé qu’un dialogue entre nos deux mondes serait sûrement intéressant. Et par chance, il l’a pensé également!
Dès le début, nous avons souhaité que la musique ne soit pas simplement une illustration sonore, mais réellement un contrepoint au texte. Frédéric interprète un personnage à part entière et réprésente la petite voix, le garde-fou de Noémie. C’était également la vision de François Rollin qui a mis en scène ce spectacle à deux personnages.
BaSS : En 2007, la Boîte à Sourdines enregistre pour la première fois votre recueil intitulé Cité des Lilas. A vos côtés, des comédiens s’emparent du texte et le modèlent, l’interprètent à leur manière. Comment vit-on cette expérience de l’enregistrement sonore et de la mise en son d’un texte qui jusqu’alors était resté soigneusement rangé à l’abri des regards?
MdJ : C’est très émouvant. J’avais forcément en tête une façon, un rythme, une musicalité pour chacun des textes et avais un peu peur d’être “trahie”. Mais en découvrant les différentes interprétations, j’ai eu l’impression de les découvrir pour la première fois. On entend des choses auxquelles on n’avait pas pensé et on se laisse surprendre. C’est comme recevoir un cadeau qui se met à marcher tout seul!
BaSS : Un mot à ajouter? Des projets?
MdJ : Bravo et merci pour ce joli site.
Quant aux projets, je serai au théâtre Mouffetard à partir du mois d’octobre dans “Le petit songe d’un nuit d’été” de Stéphanie Tesson par la compagnie du midi, dans le “Malade imaginaire” de Molière à partir de janvier au Théâtre de la porte Saint-Martin, et je travaille sur un autre monologue, pour un homme cette fois, ainsi que sur une comédie à quatre personnages, qui je l’espère seront bientôt interprétés.
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Ecouter les textes de Magali de Jonckheere :
Pieds nus dans ma tête
Ecrit et interprété par Magali de Jonckheere
Musique originale de Frédéric Daverio
Réalisation : Boîte à Sourdines
“Je prends un bain. C’est un luxe de se réveiller le matin, de faire couler l’eau dans la baignoire et d’y plonger le chat femelle.”
‘Un duo d’écriture contemporaine, texte et musique, pour une ballade touchante et troublante dans le cerveau tourmenté d’une petite-grande fille écartelée entre deux siècles’. François Rollin.
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Cité des Lilas
Lu par Magali de Jonckheere, Alexandre Borras, Valérie Decobert, Guillaume Ségouin & Juliette.
Musique composée et interprétée par Frédéric Daverio.
Prise de son et habillage sonore : La Boîte à Sourdines
Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?
C’est un garçon réservé. Il s’appelle Venceslas.
Ca m’est venu comme ça. A la maternité.
Dix témoignages cinglants, d’hommes, de femmes et d’enfants vivants au coeur d’une cité urbaine. Au gré des confidences, l’écran presque opaque de la violence et de la souffrance s’estompe et révèle que la poésie et le rêve ne sont jamais loin.
