Archive for the ‘2 • Aimé, pas aimé ?’ Category

Des éclairs, de Jean Echenoz

Samedi, janvier 29th, 2011

undefined Des éclairs, écrit et interprété par Jean Echenoz, est le troisième volet d’une trilogie, après Ravel et Courir (Editions de Minuit, 2006, 2008). Un très beau livre audio porté par le plaisir d’entendre l’auteur lire son propre texte.

 

Le personnage de Gregor (Nikola Tesla, de son vrai nom) est un ingénieur brillant, surdoué même, mais en lutte permanente et maladroite avec ses contemporains. C’est tout juste si, au tournant du XXe siècle, il sait s’accommoder de ces derniers pour le strict nécessaire : obtenir de l’argent quand il n’en a plus, trouver un atelier où mener à bien ses expériences en électricité, s’octroyer les faveurs d’un hôtelier new-yorkais compréhensif qui louera une chambre assez grande pour prendre en convalescence des pigeons blessés. Le reste du temps, Gregor mène une vie plutôt solitaire et ordonnée. Exactement comme Maurice Ravel, dans sa petite maison de poupée de Montfort-Lamaury. D’ailleurs, ces deux-là étaient contemporains. Peut-être se sont-ils rencontrés lors du séjour de Ravel aux Etats-Unis ? L’un et l’autre, avec le même malaise, ont tout de même fréquenté un certain nombre de dîner mondains… D’où ils sortaient déçus et bougons, pressés de reprendre le fil d’une invention ou  l’écriture d’une partition.

 

Il en va de même pour Emile Zatopek, coureur le plus rapide du monde. Lui aussi complètement autodidacte et faisant preuve d’un caractère peu commode et obstiné. Seul à son aise dans un couloir de terre battue à la courbe fidèle et parfaite. Sa silhouette dégingandée rendait ses trajectoires chaotiques et paradoxalement si efficaces. Emile toujours en lutte avec un corps mal foutu aurait peut-être apprécié la présence réconfortante de cet autre géant qu’était Gregor, ou du chétif Maurice Ravel que le corps malade a fait souffrir toute sa vie durant ?

 

Qu’importe qu’il s’agisse de musique, de marathon ou de savants brevets scientifiques, c’est avec la même tendresse méticuleuse que Jean Echenoz décrit des trajectoires de vies attachantes et par là-même toujours trop courtes.

 

Ecouter l’auteur lire son texte, dans le cas présent, est éclairant sur le choix des personnages qu’il évoque. Ce n’est pas toujours le cas, car certains auteurs plombent littéralement leur texte en essayant de les lire à voix haute. Ici, le ton et le rythme semblent au premier abord un peu raides. On avance à pas comptés dans des phrases parfaitement calibrées. Il n’y a pas dans la diction d’Echenoz l’aisance et la fantaisie dont certains comédiens — grands lecteurs — font preuve.

 

Mais ensuite, il faut se rendre à l’évidence. Cela sied parfaitement au propos. Les petites manies du lecteur/auteur entrent en résonance avec la mécanique du personnage de Gregor. On est tenté de deviner des points communs discrets entre l’écrivain et son personnage. On voit mal Echenoz mettre en mots des personnages truculents ou fantasques comme un W. Churchill, une M. Monroe ou encore un W.Allen. Trop d’excès, trop de folie et pas assez de règles dans ces trajectoires offrant pourtant un fort potentiel romanesque. Mais avec Ravel, Emile, et maintenant Gregor, la forme (littéraire) épouse parfaitement le fond (biographique) brillamment conjugués par l’auteur. La lecture d’Echenoz laisse en outre filtrer des particules d’émotion contenue, le temps d’une promenade au côté de ce compagnon qu’il a choisi de placer au rang de ses familiers. Une promenade trop courte, comme toujours lorsque l’on est en bonne compagnie.

 

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Des éclairs, de Jean Echenoz (Audiolib, 2010) 

Du jazz dans le fourgon

Vendredi, novembre 5th, 2010

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Ecoutez-Lire, la collection de livres audio de Gallimard sort ce mois-ci un excellent polar : La position du tireur couché, signé Jean-Patrick Manchette. (1 cd mp3, Ecoutez Lire, Gallimard, 21,90€)

 

Le début du roman >>> C’était l’hiver et il faisait nuit. Arrivant directement de l’Arctique, un vent glacé s’engouffrait dans la mer d’Irlande, balayait Liverpool, filait à travers la plaine du Cheshire (où les chats couchaient frileusement les oreilles en l’entendant ronfler dans la cheminée) et, par-delà la glace baissée, venait frapper les yeux de l’homme assis dans le petit fourgon Bedford. L’homme ne cillait pas. Il était grand mais pas vraiment massif, avec un visage calme, des yeux bleus, des cheveux bruns qui lui recouvraient juste le bord supérieur de l’oreille…

 

Cet homme, c’est Martin Terrier. Il a pratiqué pendant dix ans, avec une assiduité redoutable, le métier d’assassin. Et pourtant quelque chose en lui sonne clair, et séduit. L’étiquette de criminel lui sied mal, car un sursaut d’humanité aussi intense que tardif semble surgir de cet homme qui se sent rattrapé par les années.

Après avoir effectué avec sang froid et détermination ce qu’il considère comme sa dernière mission, son programme et simple : honorer une promesse qu’il a faite il y a dix ans à la femme de sa vie et renouer avec la vie, la vraie. Mais l’employeur de Martin Terrier, Mr. Cox ne l’entend pas de cette oreille. On ne renonce pas ainsi à une si bonne recrue.

L’intrigue, comme toujours chez Manchette, est sobre, sans artifice. Elle doit son efficacité à une écriture qui ne s’encombre pas du superflu, et va droit à l’os. C’est dans ce dépouillement que le personnage de Terrier prend tout son réalisme.

Le comédien Eric Elmosnino — vous le remettez ? C’est lui qui a interprété le rôle de Serge Gainsbourg, dans le film de Joann Sfar – est tout simplement excellent ! Sa lecture colle à la peau du personnage de Martin Terrier, en lui donnant juste ce qu’il faut d’obsession et de nonchalance.

Jean-Patrick Manchette était le premier à confier que son personnage était bête, indubitablement. Assez bête, en tout cas, pour pourchasser un amour d’adolescent rendu inaccessible par l’étanchéité des classes sociales. Mais de façon inattendue, l’assassin qu’il est se révèle être aussi un mélomane éclectique et cultivé. La musique est une seconde nature chez Martin Terrier, lubrifiant son cerveau et galvanisant ses sens, fidèle aux instants déterminants de sa vie. Qu’il soit dévoré par la peur, dans les bras d’une femme, ou pris dans un tourbillon de violence.

Dans le livre audio, la voix d’Eric Elmosnino est accompagnée d’une musique originale composée par Gilles Dimanche. Le saxo, la clarinette et des sons électro ponctuent l’intrigue de flashes musicaux bien trouvés. Avec en filigranes des sonorités familières : comme l’opéra italien, le jazz d’Arshee Shepp ou de Charlie Parker, la musique minimaliste des années 60 ou encore le sublimissime quatuor de la jeune fille et la mort, de Franz Schubert. J’adoooore !

Bref, la complicité du comédien Eric Elmosnino (qu’il continue ses lectures à voix haute, oui! oui!) et du compositeur Gilles Dimanche font de La position du tireur couché un excellent livre audio. Qui s’écoutera volontiers même si l’on a déjà lu le livre. Personnellement, je l’ai écouté en voiture. Génial les scènes d’attente en embuscade quand je grimpe dans ma voiture, à peine réveillée, et que le jour se lève mollement dans le brouillard des champs de maïs! Cela dit, si c’était à refaire, je choisirais peut-être un autre moment, car la tension et le suspens se marient assez mal avec le respect du code de la route. Bon, j’étais sur des petites routes de campagne. Mais gare aux inconditionnels de la conduite en ville!   ;-) 

 

Pour en savoir plus :

page wiki d’Eric Elmosnino : ici

le site de Gilles Dimanche : ici

www.gallimard.fr 

Racontars arctiques raffraîchissants

Dimanche, septembre 7th, 2008

Le Roi Oscar © Gaïa Editions, 2008

Le Roi Oscar et autres racontars, de Jørn Riel, lu par Dominique Pinon, éditions Gaïa. 14,50 €

On connaissait ces petits recueils racontant avec malice les aventures des chasseurs groenlandais. La vierge froide, un safari arctique… autant de titres aux noms évocateur et rythmés par la solitude, la peur de l’ours, la lutte contre le froid et l’alcool… préoccupations de ces hommes vivant au milieu de nulle part, loin de la civilisation occidentale.

Dominique Pinon, studio Piste rouge, mai 2008 © Gaïa Editions

Aujourd’hui, les éditions Gaïa publient un choix de quatre racontars lus par Dominique Pinon. Le comédien s’amuse, s’échauffe et rebondit d’une phrase à l’autre avec habileté et brio. Il nous emporte sous son manteau en peau de renne au creux de ces fjords immenses et blancs, où une poignée d’hommes incroyables eurent un jour l’audace de venir s’installer et affronter la nature.

Ecouter un extrait maintenant !

Grand-amour

Dimanche, avril 13th, 2008

Arte Radio Logo Marguerite se confie. A 82 ans, elle a retrouvé le grand amour. Les deux vieux amants vivent une passion physique intense. Marguerite en parle à ses petites nièces dont l’une a 26 ans et cherche encore l’amour…

Si tu ne crois pas au prince charmant, passe ton chemin! 

 Où l’écouter ? www.arteradio.com> onglet DOCUMENTAIRE > onglet INTIMITE > ‘Grand-amour’

Le chien des Baskerville

Samedi, janvier 12th, 2008

Le Chien des Baskerville © 2007 Boîte à Sourdines En librairie ! Lu par Bertrand Suarez-Pazos Musique originale de Gilles DimancheRéalisé par la Boîte à Sourdines “Le monde est plein des choses évidentes que personne ne remarque jamais.” Les circonstances dramatiques de la mort de Sir Charles ont réveillé le souvenir de la malédiction qui pèse sur la famille des Baskerville : en effet, dès que l’heure de la mort a sonné pour l’un deux, un démon lui apparaît sous la forme d’un chien monstrueux. Sherlock Holmes, mis au courant de l’affaire, envoie son fidèle compagnon, le docteur Watson, veiller sur Sir Henry Baskerville, dernier héritier de la famille, tandis que lui-même, décidé à faire la lumière sur cette énigme, mène son enquête à l’insu de tous… Audio © 2007 Boîte à SourdinesEcouter un extrait maintenant !  Texte intégral ou abrégé : Version abrégée - Nombre de CD : 3 CD - Durée d’écoute : env. 3 h 40 mn - Prix de vente conseillé : 22 euros

Madame Bovary

Dimanche, juillet 15th, 2007

Madame Bovary © 2007 Boîte à Sourdines

De Gustave Flaubert
Lu par Marie-Céline Tuvache
Musique Originale & Réalisation par la Boîte à Sourdines

“Emma songeait quelquefois que c’étaient là pourtant les plus beaux jours de sa vie, la lune de miel, comme on disait. Pour en goûter la douceur, il eut fallu, sans doute, s’en aller vers ces pays à noms sonores où les lendemains de mariages ont de plus suaves paresses.”

En 1856, Gustave Flaubert écrit son premier roman, Madame Bovary. Avec l’art du verrier confectionnant un vitrail, il place les verres colorés, déformants ou filtrants de ses phrases entre le lecteur et le monde. Ce monde “gris” de la Normandie paysanne et bourgeoise encore vierge de toute évocation romanesque est traversé par Emma Bovary ainsi qu’un cortège de personnages aux esprits étriqués et destins blêmes.
A l’occasion de sa première édition, le roman suscite un tollé inattendu. On s’arrache le livre dès sa publication alors même que l’auteur gravit les marches du tribunal pour assister au procès qui lui est intenté pour “délits d’outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes moeurs”.

La première partie (9 chapitres) est déjà en ligne. La seconde partie ne saurait tarder. Patience !!

Audio © 2007 Boîte à Sourdines
Ecouter le livre audio
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Pieds nus dans ma tête

Mardi, juillet 10th, 2007

Pieds nus dans ma tête © 2007 Boîte à Sourdines
Ecrit et interprété par Magali de Jonckheere
Musique originale de Frédéric Daverio
Réalisation : Boîte à Sourdines

“Je prends un bain. C’est un luxe de se réveiller le matin, de faire couler l’eau dans la baignoire et d’y plonger le chat femelle.”

‘Un duo d’écriture contemporaine, texte et musique, pour une ballade touchante et troublante dans le cerveau tourmenté d’une petite-grande fille écartelée entre deux siècles’. François Rollin.

Audio © 2007 Boîte à Sourdines
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Litanie du sommeil

Mardi, juillet 10th, 2007

Litanie du sommeil © 2007 Boîte à Sourdines

De Tristan Corbière
Lu par Bertrand Suarez-Pazos
Habillage sonore et réalisation : la Boîte à Sourdines

“Vous qui ronflez au coin d’une épouse endormie,
Ruminant ! savez-vous ce soupir : l’Insomnie ? (…)
Sommeil ! écoute-moi : je parlerai bien bas :
Sommeil — Ciel-de-lit de ceux qui n’en ont pas !”

Litanie du sommeil est un des poèmes phares de Raccrocs, cycle de poèmes extrait des Amours Jaunes (1873) écrit par Tristan Corbière.

Aux yeux des surréalistes, les Amours Jaunes - et Litanie du sommeil au premier chef – passe pour le premier exemple d’écriture automatique. Tristan Corbière « se laisse porter par la vague des mots qui, en dehors de toute direction consciente, expire chaque seconde à notre oreille et à laquelle le commun des hommes oppose la digue du sens immédiat » (André Breton, Anthologie de l’humour noir, 1940)

Cette forme d’écriture à la fois charpentée et libre, où les images surgissent, se superposent et s’entrechoquent, rend admirablement l’onirisme et le flou inhérents à l’évocation du sommeil.
En visionnaire, le poète se plonge dans la noirceur béante de l’inconscient et tente d’objectiver les sensations, les images qu’il y décèle. Par la suite, les poètes n’auront de cesse d’approfondir cette question : Illuminations de Rimbaud, Maldoror de Lautréamont, Breton, Eluard, Prévert…

Audio © 2007 Boîte à Sourdines
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Cité des Lilas

Mardi, juillet 10th, 2007

Cité des Lilas © 2007 Boîte à Sourdines

De Magali de Jonckheere
Lu par Magali de Jonckheere, Alexandre Borras, Valérie Decobert, Guillaume Ségouin & Juliette.
Musique composée et interprétée par Frédéric Daverio.
Prise de son et habillage sonore : La Boîte à Sourdines

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?
C’est un garçon réservé. Il s’appelle Venceslas.
Ca m’est venu comme ça. A la maternité.

Dix témoignages cinglants, d’hommes, de femmes et d’enfants vivants au coeur d’une cité urbaine. Au gré des confidences, l’écran presque opaque de la violence et de la souffrance s’estompe et révèle que la poésie et le rêve ne sont jamais loin.

Edith Monsaigneur - le cordon
Jospeh Pil - le gnouf
Noémie Plouf – calendrier
Barnabé Leleu – ça gratte
Lily Deletoile – la chasse à la sauterelle
Maguy Mag – réincarnation
Robert Dessonge – rien senti
Jennifer Carroux – l’âge bête
Jérôme Vaucher – tic tac
Annie Ponte – vos rêves méritent le meilleur prix !

Audio © 2007 Boîte à Sourdines
Ecouter le livre audio
maintenant !