Archive for the ‘5 • Le marteau et l'enclume’ Category

Tauromachie

Samedi, mars 15th, 2008

Tauromachie © Boîte à Sourdines, 2008 Reportage sonore à venir !

Arènes de Toulouzette 15h30.Arènes couvertes de taille moyenne (une quarantaine de mètre de long pour une trentaine de large), peintes de blanc et de rouge. Les Chalossais sont au rendez-vous en ce samedi 8 mars. Public nombreux, sérieux et concentré peu enclin à l’applaudissement. Carnet en main chez certains pour inscrire les résultats des écarts. Ou béret de laine sombre solidement vissé sur la tête pour d’autres. Dans la tribune, assis bien droits en rangs serrés sur de petits coussins bariolés, les plus jeunes côtoient les plus âgés.Quelques essais de sonorisation permettent à l’animateur de se mettre en voix. Puis la fanfare pénètre dans l’arène par de grandes portes ouvertes à l’instant et derrière lesquelles on aperçoit de jeunes garçons en costumes brodés multicolores sautiller sur place en faisant de grands mouvements circulaires avec les bras.La marche cazérienne, ouverture musicale de circonstance, se répand dans l’arène à mesure que l’harmonie, à grand renfort de grosse caisse, fait son tour de piste. Et déjà on annonce le programme de la rencontre : six coursières de la Ganaderia Lassalle affronteront la Cuadrilla Guillaume Malet ! Francia, La chance, Vanina et d’autres encore sont les heureuses élues. Et l’on nomme en sus les généreux donateurs qui pour les uns ont donné trois sous à ce torero prometteur ou cinq sous pour l’élevage de la fougueuse vachette Vanina!Les jeunes toreros (écarteurs et sauteurs) entrent à leur tour dans l’arène, accompagnés des hommes en blancs. L’entraîneur et son second, ainsi qu’un vétéran (ancien torero) à qui l’on vouera le respect qu’il se doit et qui tient à présent le rôle délicat de cordier. Car oui, la vache est le plus souvent retenue par une corde. Element délicat destiné à maîtriser l’animal et favoriser son placement en bout d’arène avant chaque écart. Condition sine qua non pour une belle course en ligne droite vers le torero placé au centre de l’arène. Mais attention, la corde présente une menace permanente pour le torero qui au même titre que l’animal est susceptible de se faire piéger par ses méandres mouvants. Un noeud se forme autour du pied de l’écarteur et c’est la chute de l’homme qui devient instantanément la proie de l’animal cornu!Les toreros alignés au centre de l’arène saluent le public sous les applaudissements puis vont se placer à l’abri derrière de petits paravents en bois de 1,5 m, les refuges, situés à intervalles réguliers sur le pourtour de l’arène. La course va commencer.La course landaise est une des quatre tauromachies pratiquées dans le monde. Elle se distingue des trois autres par deux particularités. Contrairement aux trois autres (corrida, corrida portugaise et course camarguaise), elle se pratique quasi exclusivement avec des femelles (vaches landaises) et non des taureaux. L’autre particularité qu’elle partage avec la course camarguaise, c’est qu’il n’y a pas ici de mise à mort au cours de la course. Au contraire la course sert autant à révéler toutes les qualités du torero landais que de la vache qui, objet de tous les soins de la part de son ganadéro, aura l’occasion de participer à une vingtaine de courses par an et cela pendant 10 ans au moins.Etranges proportions que ces dix petites portes rouges qui s’alignent à l’extrémité de l’arène. Ramassées, trapues, elles sont à la fois trop basses et trop larges pour y laisser passer un homme. Une mince fente noire à l’extrémité supérieure de chacune laisse échapper une corde dont le surplus, posé en équilibre sur une traverse de béton est souplement enroulé sur lui même comme autant de refuges à serpent à sonnettes. Soudain un verrou est tiré, la porte s’ouvre sur le noir d’où émerge deux larges cornes. S’avançant d’abord lentement, le corps entier de l’animal sort de l’ombre et ébauche quelques pas affolés, ébloui par la lumière blanche qui tombe dans l’arène et excité par le son strident de l’harmonie qui attaque le chant du toreador de Bizet.L’animal peut courir à sa guise quelques instants puis l’entraîneur situé au plus près de l’animal tend la corde et incite la vache à venir se placer en bout de piste tout contre le refuge, en attentant l’appel de l’écarteur. L’entraîneur a un rôle primordial dans la “formation” des vaches nouvelles c’est lui qui doit leur apprendre à supporter la corde, il doit s’adapter au caractère différent de chaque vache.L’une est mince et longue, le poil de couleur caramel. Ses mouvements sont alertes mais elle paraît docile. Elle court vite lorsqu’elle se précipite sur le sauteur qui aura chaussé au préalable à ses pieds son béret rouge et noué autour de ses genoux sa cravate. Recroquevillé sur lui même, c’est au dernier instant que le sauteur se projette, sans élan, à 1,40m dans les airs pour un saut périlleux classique ou vrié au dessus de la coursière. Celle-ci n’y voit que du feu et poursuit sa course en ligne droite pendant encore quelques secondes… Et le jeune homme, après un rétablissement parfait dans un nuage de poussière ocre, salue prestement le jury installé dans la tribune.L’autre semble taillée dans le bronze par un Rodin mal embouché. Tenant plus du taureau viril que de la vachette affectueuse, s’il en existe, Vanina (c’est son nom) se rue à tout bout de champ et darde vers le tout venant une immense paire de cornes fuselées et large comme la porte de Saint-Sever. Impossible à maîtriser, elle charge a hue et a dia faisant monter la fièvre dans la Cuadrilla que la dangerosité de l’animal excite autant qu’elle inquiète.Un écarteur aux traits andalous s’avance. Il appelle a plusieurs reprises et avec vigueur l’animal retenu au bout de l’arène par la corde. Celui-ci écume et cogne du sabot le refuge contre lequel il est retenu. Au milieu de l’arène, le torero, doublé dans son ombre d’un deuxième homme chargé de faire diversion lors de l’écart, tasse la terre battue nerveusement. Soudain prêt, il claque vigoureusement des talons et émet dans le même temps un sifflement entre ses dents. C’est le signal pour l’entraîneur qui lâche la corde. Celle-ci se dévide à une vitesse folle tandis que Vanina exultante se précipite sur la cible tant convoitée.Suit un galop puissant et comme désordonné où les pattes arrière semblent prendre une direction différente des pattes avant, brouillant la charge de l’énorme vache noire. Le trouble du jeune torero est perceptible l’espace d’un instant et déjà l’animal est sur lui. Un coup de tête est donné pour le prendre, esquivé de justesse par l’écarteur qui laisse passer la vache au creux de ses reins. La figure est magnifique est suscite les applaudissements du public.Mais voilà, le côté choisi pour l’écart s’avère être le côté de la corde tendue par le cordier. La tentative du garçon pour échapper au noeud qui se resserre autour de sa jambe est vaine et le projette à terre. Est-ce les frémissements du public ? Les cacophonies soudaines chez les cuivres dont les yeux des musiciens ne suivent plus la partition depuis quelques mesures ? Est-ce encore la vibration saccadée de la corde fatale qui relie la victime à son bourreau ? Quoiqu’il en soit, le gros oeil rond de Vanina qui se détache soudain au dessus de son encolure comprend en un instant ce qui est en train de se jouer. La charge n’est pas moins violente que la précédente. Arrière train ramassé et tête basse, elle se précipite en faucheuse de jarret impitoyable. Le torero toujours prisonnier de ses liens se tient prostré à présent, trop exercé pour ne pas voir l’animal se précipiter sur lui. Les autres membres de la cuadrilla s’agitent comme de pantins bringueballés par le vent dans une vaine tentative de diversion. Puis c’est le choc. Le premier choc. Une corne glisse sournoisement sous la chaquetilla brodée du garçon.Un corps à corps aux injustes proportions s’engage. Le corps du garçon enlevé dans les airs avec la facilité d’une balle de paille est brutalement rabattu au sol. Les mouvements désordonnés de l’animal et de sa frêle proie resserrent à chaque instant les liens tissé par la corde. Celle-ci les tient désormais liés l’un à l’autre. Ce qui a pour effet d’exciter plus encore Vanina dont les sabots piétinent rageusement le sol et les pieds des autres toreros qui se sont précipités pour venir en aide à leur compagnon. Il faut de longues minutes à ces hommes mêlés pour immobiliser l’animal à terre. Longues minutes de silence dans le public qui observe, atterré. Un corps à corps en plan fixe qui n’en finit plus. Mélange de terre battue se collant aux vêtements et aux visages couverts de sueurs, de filets de salive rejetés par les coups de tête de l’animal paralysé au sol, haleine chaude et écoeurante de la bête sauvage et bribes de mots ahannés dans l’effort par les toreros pour tenter d’établir une solution de replis.Les hommes se retirent de la mêlée les uns après les autres, libérant d’abord l’écarteur blessé. Incroyable, celui-ci rampe vers le refuge situé à quelques coudées de là tandis que la vache se libère de la pression des hommes moins nombreux et relève son arrière train. Mais les cornes sont maintenues au sol jusqu’au dernier instant, permettant à tous les toreros de battre en retraite sans trop d’accrochages.Quelque minutes plus tard, à l’occasion d’un nouvel écart mal engagé, la même Vanina saisit l’opportunité de se jeter sur un des hommes en blanc pourtant placé dans un refuge. D’un saut, celle-ci cogne de sa tête (ou de son flanc ? comment savoir, cela a été si rapide…) la tête du jeune homme qui émergeait du panneau de bois.Celui tombe aussitôt évanoui derrière son paravent. La brutalité de la scène et le choc entendu ne laissent présager rien de bon. C’est seulement de longues minutes plus tard, lorsque la vache aura enfin réintégré sa loge, que les secours interviennent. Le blessé disparaît en coulisse et ne réapparaîtra pas dans l’arène. Qu’en est-il ? On ne le sait. Le présentateur n’en fera pas mention. La musique reprend déjà, la veste écorchée du torero aux traits andalous est raccommodée avec un sparadra de fortune et le pantalon blanc largement entaillé remplacé par un autre à l’identique.L’entracte permet d’épancher les émotions et commenter les évènements autour d’un verre de blanc limé servi sous les tilleuls, devant l’arène. Pourtant, pas de grands gestes ou signes évidents d’inquiétude de la part de ce public averti. Est-ce là la ‘routine’ de la course landaise ? Est-ce le destin auquel ne peuvent échapper ces beaux garçons fraîchement sortis des écoles taurines de la région ? En tous cas, il faut croire que nous sommes les seuls à faire pâle figure au sein de cette assemblée villageoise venue nombreuse honorer cette tradition de la course landaise.

Ecouter maintenant !

°Oo° Dialogue de sourdes

Dimanche, octobre 28th, 2007

Elle sont trois et beaucoup de choses à se dire.’Consensuel’ n’est pas vraiment le maître mot.

”Kiki.-Kouak?
-kiki.
-Kouak!
-Ki…
-KOUAK!!
-K..kouink…ki-ki-kouink.
-Ki-kouink? Kouak-kouak!
-Kikikikikiki!
-…kouink.” 

Et puis parmi les trois demoiselles, vient se greffer un intrus discret et un peu désarçonné par le débat. Mais qui est-ce ?  

Petite oieEcouter maintenant!

°Oo La fête foraine muselée

Vendredi, juillet 20th, 2007

Chevaux de bois Etrange sensation que la traversée de la fête foraine du jardin des Tuileries qui se déroule à Paris durant tout l’été.

Grande vierge blanche articulée qui domine de son anneau satiné musée du Louvre, pyramides et bien au-delà. Train fantôme rafistolé, toboggans ondulants, auto-tamponneuses et manèges à sensations. Flashes polychromes qui rebondissent à l’infini dans les palais des glaces et gerbes d’eau jetées par surprise sur les enfants galopants. Déferlantes de wagonnets furieux et tourbillons de visages déformés par la frayeur et l’excitation. La fête foraine du jardin des Tuileries est un carnaval pour les yeux qu’embaument les vapeurs sucrées en provenance des marchands de gaufres et de barbes à papa.

Et pourtant, à mesure que l’on avance dans la poussière de cette grande allée, le malaise s’installe. Un manque grandit. On veut se perdre complètement dans la féerie de ce lieu improbable en plein coeur d’une grande ville. Oublier l’agitation des voitures qui se poursuivent sur le ruban noirci par les gaz d’échappement de la rue de Rivoli. Mais quelque chose ne fonctionne pas. La bande-son est saturée. Saturée des bruits de la ville qui enserrent la fête foraine dans son étau et du vrombissement des générateurs électriques qui alimentent ce microcosme motorisé des manèges modernes.

L’orgue de barbarie du carrousel s’est tu. La ronde silencieuse des manèges est cadencée par le brouhaha concentrique de moteurs qui résonne depuis la place de la concorde, les peluches à bouches cousues oscillent au bout de leur ficelle en suivant le balancement des deux-tons de cars de flics. Les enfants ficelés comme des rôtis rebondissent sur les trampolines et se cambrent à chaque nouveau coup de klaxon. Les chocs des auto-tamponneuses se confondent avec le claquement des portières et des colis des camions qu’on décharge. Du haut de ses deux mètres, l’avion rouge biplace en carton-pâte mêle son vol à celui des long-courriers qui zèbrent le ciel de la capitale.

“Allez, Mesdames, Messieurs, on tente sa chance.”, “2 euros les trois tirs.” “Deux buts et c’est gagné!” “Prenez place! Départ dans quelques minutes!”. Les micros grésillants et les voix nasillardes des forains se sont tus. Pourtant prêt à délivrer un ticket à qui donnera sa pièce, chacun est à son poste dans sa calougeotte mais porte derrière un sourire immuable le bâillon invisible asséné par quelque arrêté préfectoral.

La fête foraine au coeur de Paris pour tout l’été. La mairie de Paris voit grand et ne compte pas. Une fois de plus. C’est la fête foraine pour tous, mais sans le son. Il s’agit de respecter les riverains et les passants. En tous cas, ceux que le mugissement quotidien de la ville n’a pas encore rendus sourds. Non vraiment, qu’on ne vienne pas se plaindre, une ribanbelle d’attractions est juste là, à portée de main et avec une poignée d’euros, la sensation forte est à nous.
Tant pis pour le rêve et la féerie distillées dans l’incroyable faufilure des chansons disco, pulsations techno, voix de marchands, mélodies surranées de carrousels et ritournelles électroniques de jeux vidéos. Sans musique la foire du jardin des Tuilerie a la saveur d’un pain sans sel. D’un bon film de Carné sans la musique d’un Jaubert. C’est la jubilation d’un coureur du Tour de France sur un vélo d’appartement. Le plaisir du farniente brûlant sur une plage en été sans la mer pour se baigner.

La foire du jardin des Tuileries à Paris se goûte, se respire et se regarde mais ne s’écoute pas. Qu’on se le dise. Le tintement clair des pièces de monnaie résonne peut-être dans les machines à sous. Mais à quoi bon l’écouter? L’important c’est de gagner.

    © 2007 Boîte à Sourdines

Ecouter maintenant !